Note du réalisateur

“MARC RISTORI - D’UNE SECONDE A L’AUTRE” est l’histoire d’une rencontre. Début 2008, j’écris un documentaire-fiction traitant de la passion de la moto, aussi de ses risques. Je cherche un témoin. Marc Ristori, crossman genevois paraplégique depuis peu, me semble être l’homme de la situation. Nous nous rencontrons à la clinique de réadaptation SuvaCare de Sion. Marc y est depuis 6 mois. Je découvre un homme ouvert et authentique, positif et attachant. Il parle «cash» de sa réalité de paraplégique, qu’il affronte comme un défi. Il veut se battre contre le sort, contre les clichés, contre ce sentiment d’inutilité qui le menace.

Très vite, sa maturité et sa force de caractère m’impressionnent. Il n’a que 26 ans et n’a pas fait de longues études mais paraît avoir été surdiplômé par l’école de la vie. «Etre motard, c’était plus dur que d’être handicapé», répète-t-il alors. Il est porté par un rêve un peu fou: remarcher. Il y croit, il ne veut pas laisser passer sa chance, aussi minime soit-elle. De mon côté, je crois au doute et aux exceptions. Je crois aux rêves et aux défis comme ingrédients utiles à la guérison. Je veux y croire avec lui. Je lui propose alors un tournage au long cours, sur près de 3 ans, afin de pouvoir suivre son évolution, sa capacité à accepter sa situation et à se reconstruire. Il accepte, sous certaines conditions. Dans mon film, Marc ne sera pas le porte-parole des paraplégiques. Il ne parlera qu’à son nom, conscient qu’il existe autant de paraplégies que de paraplégiques.

Son histoire est extrême mais elle parle à tout le monde. Tout perdre – d’une seconde à l’autre – peut arriver à chacun de nous. Comment réagirions-nous ? Marc Ristori a perdu son autonomie, sa mobilité, son image de soi, son rapport à son corps. Mais aussi son travail, ses rêves, son amie, son appartement, sa voiture… Il n’a pas perdu sa passion. La moto reste l’amour d’une vie, son moteur d’hier et d’aujourd’hui. Mon film est aussi un éloge de la passion.

Durant toutes les phases de réalisation, je me suis d’abord intéressé à l’homme, avec ses qualités et ses défauts, ses forces et ses faiblesses. Sa paraplégie est là, comme une compagne omniprésente, mais le handicap n’est jamais stigmatisé. Au contraire, je me suis appliqué à comprendre et montrer ce qu’il vivait, en m’attachant à ce qui le relie à nous-autres les valides, et non à ce qui le distingue.
C’est pour cela que, depuis le début, j’ai voulu que «MARC RISTORI - D’UNE SECONDE A L’AUTRE» soit un projet de film fédérateur. En impliquant le grand public dans son financement, mais aussi et surtout en m’entourant de techniciens du cinéma (de véritables artistes!) pleinement engagés dans le projet.

Trois ans plus tard, regardant le résultat final, je suis très fier et heureux d’avoir vécu cette magnifique aventure humaine. Ce film me plaît, au-delà de toute intention et espérance initiale. Je ne peux que présenter mon immense gratitude à toutes les personnes qui ont apportés leur pierre à l’édifice. À Marc en premier.

Ce film appartient désormais au public. J’espère de tout coeur que celui-ci ressorte de «MARC RISTORI - D’UNE SECONDE A L’AUTRE» empli d’énergies positives, grandi par cette rencontre hors du commun, comme je l’ai été.

Benjamin Tobler